Contribution à une réflexion sur la sobriété
Publié le Mardi, 6 juillet 2010
Le premier scénario Virage-énergie Nord-Pas-de-Calais a constitué en 2008 une contribution importante à la réflexion sur la transition énergétique régionale. Les propositions qui étaient faites exploraient en profondeur les possibilités offertes par la renouvelabilité et l’efficacité énergétique dans une perspective de sortie du nucléaire et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
La sobriété, une dimension moins évidente
Ce travail étant effectué, il nous semble important d’explorer une troisième dimension de la diminution des consommations d’énergie : la sobriété. Cette réflexion se veut complémentaire de celles engagées sur la renouvelabilité et l’efficacité énergétique, mais en insistant sur le caractère incontournable des démarches de sobriété dans toute réponse à la crise climatique et énergétique.
Alors que les deux premières dimensions appellent des réponses techniques, au développement progressif, la sobriété est une réponse immédiate, qui s’appuie sur l’humain et le social. Plus facile à mettre en œuvre dans la situation d’urgence que nous connaissons, elle est paradoxalement plus difficile à accepter.
Si la sobriété individuelle peut être désirable (simplicité volontaire, sobriété heureuse…) et présenter un intérêt en termes d’exemplarité, nous nous intéressons ici à sa dimension collective et au projet de société qui peut la rendre acceptable.
En situation d’urgence
La convergence des urgences énergétique et climatique dessine des limites hétéronomes non-négociables et des efforts d’adaptation que nous devons anticiper, mais que nous devrons peut-être aussi engager en situation de stress énergétique (pic pétrolier) et climatique (imminence des points de basculement). La marge d’autonomie qu’il nous reste doit nous donner l’occasion de d’organiser le partage des efforts.
Devant la contrainte naturelle, il est plus que jamais nécessaire d’inventer de manière autonome une organisation juste et équitable de la sobriété collective. Il nous semble important de rappeler que, dans une société à tendances égalitaires et démocratiques, c’est ce caractère juste et équitable qui, seul, pourra fonder l’acceptabilité, voire la désirabilité, de notre sobriété collective.
Egalité, liberté…
Nos débats nous ont donc conduits à réaffirmer notre attachement au principe de « contraction et convergence », qui consiste en une réduction des consommations d’énergie différenciée, les plus gros consommateurs devant réduire plus drastiquement leurs consommations de manière à aboutir, après une période de transition, à une équivalence stricte dans les droits individuels d’accès à l’énergie.
Nous défendons dans cette optique l’instauration de politiques publiques qui permettraient d’organiser à la fois le partage de l’effort des restrictions, et le partage de bénéfices de l’énergie encore disponible. Sans créer de nouvelles normes sociales sur l’usage ou le mésusage de l’énergie… La piste de quotas ajustés sur les limites écologiques propose un moyen de remettre en cause les consommations allant au-delà de la part juste et soutenable qui revient à chacun-e, sans toutefois imposer un mode de vie ou être l’occasion d’un plus grand recul des libertés individuelles.
Pour une révolution écologique et sociale
Face au programme peu réjouissant d’une sobriété imposée par notre environnement naturel et l’imminence d’une catastrophe écologique, nous devons mettre en avant un projet de société capable de compenser autant que possible la baisse inévitable de notre niveau de vie matériel et la perte d’un confort que nous avons appris à vivre comme indispensable.
L’enjeu se situe donc à la hauteur d’une nouvelle nuit du 4 août qui, au nom des impératifs écologiques que nous constatons et de l’égalité à laquelle nous aspirons, conduirait cette fois à l’abolition des privilèges énergétiques.