Textes

L’Horreur managériale. Gérer, instrumentaliser, détruire

Étienne Rodin, L’Horreur managériale. Gérer, instrumentaliser, détruire, L’Échappée, 2011, 128 pages, 10,20 €

Le titre de ce court essai d’Étienne Rodin a la tonalité d’un réquisitoire. L’auteur, fort de son expérience de consultant, dissèque avec précision les modes managériales qui font florès dans les grands groupes, qu’ils soient privés ou publics : programmation neuro-linguistique, théorie de l’intelligence émotionnelle, technique d’évaluation « 360° », management participatif… Toutes ces pratiques managériales érigées en discipline scientifique par la caste des consultant·e·s et expert·e·s en organisation constitueraient le moyen le plus efficace de gérer collectifs de travail et projets pour atteindre la sacro-sainte efficience. Comprendre : comment faire toujours plus avec toujours moins. [Lire la suite...]

La politique est-elle une affaire d’experts ?

Mathias Roux, J’ai demandé un rapport. La politique est-elle une affaire d’experts ?, Flammarion, 2011, 120 pages, 8 €
Jacques Ellul (1965), L’Illusion politique, réédition La Table ronde, 2004, 362 pages, 10 €

On a pu résumer la technique comme la recherche systématique d’efficacité, le one best way ou meilleure (et unique) manière de procéder. S’il n’y a plus qu’une option, il n’y a plus de politique. C’était le rêve de la cybernétique : entrez vos données, appuyez sur le bouton et l’ordinateur génère pour vous de la décision publique. Plus besoin de faire appel au peuple, quant aux données elles seront produites de manière professionnelle. C’est de ce déplacement de la politique, du domaine de la chose publique à celui de l’expertise, qu’examine Mathias Roux. D’abord un rêve : que le peuple a disparu de l’arène politique, que ses défauts intrinsèques (la passion, la méconnaissance des questions en jeu, le fait même d’être juge de ce qui le concerne, non mais alors !) l’ont définitivement discrédité. Démocratie = populisme = fascisme. Du côté des élites autoproclamées au contraire, on flirte de très près avec la vérité, d’où une légitimité bien plus grande à gouverner, symbolisée par un Jacques Attali qui ne consent à livrer un rapport « pour la libération de la croissance » qu’avec l’assurance que les mesures qu’il accumule seront traduites immédiatement en action publique. Immédiatement, c’est à dire sans méditation, sans examen de ces propositions dans la balance politique. [Lire la suite...]

Un geste pour la planète. Peut-on ne pas être écolo ?

Samuel Pelras, Un geste pour la planète. Peut-on ne pas être écolo ?
« Antidote » Flammarion, 2012, 120 pages, 8 €

Rire sur le dos des écolos, rien de plus facile. On le faisait déjà dans les années 70, qui sont ces huluberlus avec leurs fromages de chèvre, non mais, ça fusait de l’extrême gauche au public conventionnel. Aujourd’hui l’exercice est devenu d’autant plus délectable que l’écologie s’est imposée dans le courant dominant… à moins que ce ne soit le contraire ? Samuel Pelras ne s’inquiète guère d’analyser en profondeur cette colonisation croisée, il dézingue tous azimuts. Et on se marre. Alors certes, on aurait aimé qu’il fasse un peu de tri au lieu de mélanger dans sa poubelle les éco-citoyen·ne·s satisfait·e·s de l’aliénation consumériste (mais bio !) et les écolos pour qui l’autonomie est au cœur d’une vie désirable ; qu’il fasse sérieusement la part du politique et celle du religieux… prosélytisme et martyrologie ne sont en effet pas étrangers au mode de vie écolo. [Lire la suite...]

Down is the New Up

Marine Le Pen !! Nan, nan, mais Marine Le Pen ! Nan, mais, tu le crois pas ?! Tu le crois pas, putain ?!

par Makekazzo, chronique parue dans L’An 02, n°1

« Je pense que le Front national, s’il fut un jour un parti d’extrême droite, est aujourd’hui un grand parti populaire » (1). Quel meilleur service rendre à Marine Le Pen que de la taxer de « populiste » ? Certes, « populiste », ça va plus vite à dire que « ultra-droite nationaliste », et ça permet d’éviter le dépôt de plainte qu’entraînent les qualificatifs « fasciste » ou même « extrême droite » – tant il est vrai que le FN aime débattre avec ses adversaires dans les prétoires… Seulement, on le voit bien, utiliser ce label, c’est participer de la stratégie de dédiabolisation qui caractérise la reprise en main du business paternel par la benjamine (« clone absolu de son père avec des cheveux », selon le mot de Pierrette, la maman). Mais, surtout, cela pose bien des problèmes symboliques… C’est d’abord un détournement sémantique du « populisme » originel, celui des mouvements agrariens américains et russes de la fin du XIXe siècle, qui était, lui, plutôt progressiste ; cela dénote, par ailleurs, une certaine prolophobie, à savoir le préjugé, typique des élites libérales, selon lequel les classes populaires seraient irrémédiablement racistes, sexistes et provinciales (2) ; enfin, cela masque, derrière un terme qui désigne l’appel au peuple et la critique des élites – toutes choses parfaitement légitimes en démocratie –, l’essentiel du corpus idéologique de ce parti, à savoir son nationalisme ethniciste, son autoritarisme sécuritaire et son conservatisme vis-à-vis de toutes les formes traditionnelles de domination (économique, ethnoculturelle, patriarcale, hétérosexiste, etc.) (3). [Lire la suite...]

Autour de trois moments de l’histoire de l’écologie

Franz Broswimmer, Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces (2002), rééd. Agone, 2010, 257 pages, 12 €
Jean-Paul Deléage, Une histoire de l’écologie, Seuil, 1991, 330 pages, 7,95 €
Fairfield Osborn, La Planète au pillage (1948), rééd. Actes Sud, 2008, 214 pages, 8,50 €

Les années 2000, au moins jusqu’à ce vendredi 11 mars 2011 qui a réveillé d’autres angoisses, ont vu le changement climatique s’installer au centre des préoccupations environnementales. Peut-être aux dépens d’autres thématiques, comme l’érosion des sols ou la crise de la biodiversité, auxquelles d’autres époques ont prêté une oreille plus attentive. L’écologie aussi connaît des modes.
La question de la pollution était ainsi centrale dans les années 1970. Le verre d’eau de René Dumont deviendrait précieux à cause des pollutions infligées aux nappes phréatiques ; le recours à l’énergie nucléaire était inacceptable en raison de la dangerosité de la dispersion des radionucléides. Si les années 1980 ont accordé un peu d’attention aux thématiques environnementales, c’est peut-être la question de la déforestation qui a suscité le plus d’intérêt, avec l’émergence de figures comme le Brésilien Chico Mendes ou la Kenyane Wangari Maathai. [Lire la suite...]

Contribution à une réflexion sur la sobriété

Le premier scénario Virage-énergie Nord-Pas-de-Calais a constitué en 2008 une contribution importante à la réflexion sur la transition énergétique régionale. Les propositions qui étaient faites exploraient en profondeur les possibilités offertes par la renouvelabilité et l’efficacité énergétique dans une perspective de sortie du nucléaire et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. [Lire la suite...]

Rêvolutives publie sa charte

1. Rêvolutives part d’un constat :

Les enjeux sont immenses…

… et l’écologie politique demeure dans une position marginale

Les enjeux en matière d’écologie sont plus que connus. Bornons nous à remarquer qu’ils sont à la fois immenses, compte tenu de l’ampleur de la destruction opérée par l’Homme sur son habitat, désespérants au regard des perspectives de développement des modes de production et de consommation, mais sont aussi vitaux, vitaux pour la partie la moins protégée de l’humanité puis vitaux pour l’humanité toute entière.

L’écologie politique, telle que l’on peut la définir à travers la filiation d’un ensemble d’auteurs et de penseurs et à travers un corpus d’ouvrages de référence, a toujours insisté sur les aspects économiques, sociaux, culturels mais aussi les dimensions philosophiques et morales qui entourent cette faillite des civilisations humaines. [Lire la suite...]

Tu viens ? Rêvolutives répond

Nathalie Kosciusko-Morizet propose aux internautes de participer à son travail de prospective… Nous répondons, après avoir lu son inoubliable ouvrage, Tu viens ?

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